Le pommier (suite)

April 4, 2008

Vous vous rappellez peut-être du pommier, qui était la première chose à tomber ici côté gauche au Maffay, en fin novembre, le premier jour du terrassement. Si vous avez du courage, plongez tout à fait en bas du blog et vous l’y trouverez, le pommier. Pendant quatre mois ici il se trouvait au fond du jardin sous le calligraphie des pruniers, couché dans l’herbe.

Aujourd’hui, Monsieur Roullier père est passé en tracteur avec une fendeuse et une tronçonneuse, pour effectuer une taille finale au pommier et le convertir en bois de chauffage. Mais en voyant le bois je suis intervenue, et ai négocié, et nous sommes sortis avec un très beau tabouret (en devenir même s’il pense que je suis un peu folle) et un petit tas de bois et un petit tas de sciure pour les fleurs. Et même une chaise pour le jardin, jusqu’au moment où il pourrisse sur pied et devient lui aussi, hébergement pour quelque chose de plus fleuri.

Le bois du pommier sent le cidre et se pare d’un beau rouge orange, et cela me rend heureuse à penser à tous ces couchers de soleil cachés en leurs écorces brunis dans ce pays de pluie.

En travaillant, Monsieur Roullier père m’a raconté que pendant la Guerre, les allemands occupaient le chalet en face, jusqu’à la fin de l’Occupation, où les américains y habitaient à leur tour. La Plaine, où Pierre Yvès ne plante pas de maïs transgénique, était à l’époque un verger de pommiers, et les américains atterrissaient dans leurs avions entre les rangs d’arbres. Sa femme se rappellent de l’arrivée des alliés, avec leurs chewing-gums. L’école était réquisitionné, et les garçons devaient alors transporter les tables d’école d’étable en étable pour faire leurs cours en cachette, et ensuite il fallait aussi déplacer les tables des filles, et ils étaient contents parce qu’ils rataient ainsi les cours, en déménageant les tables. Il m’a dit que les agriculteurs à l’époque n’avaient droit qu’à la taille des arbres tous les neuf ans: ils taillaient les chênes en têtard, et neuf ans plus tard répétaient l’opération, et les fagots ainsi récupérés étaient leur bois de chauffage. Les paysans payaient leur fermage avec les pommes qu’ils récoltaient. Lui a commencé à garder les vaches à cinq ans. 9ème sur 10 enfants, ses parents n’avaient les allocations (toutes neuves en France à l’époque) que pour les trois derniers, il fallait travailler; il travaillait pour une famille qui n’avait pas d’enfant, à garder leurs vaches, débarbouiller les poules avant d’aller à l’école le matin. J’étais content d’avoir du pain pendant la guerre, il m’a dit, la famille étant boulanger il a pu rammener du pain à sa famille le jeudi. Du pain et du lait, et beaucoup du cochon, et aujourd’hui il ne veut plus jamais manger de poireau, tant il a en a mangé à cette époque. Et le lard, on gardait le cochon jusqu’à ce qu’il avait une épaisse couche de graisse comme ca, ah, les gens ils disent qu’ils aimeraient bien retourner en arrière vers les vieux jours mais lui, n’est pas d’accord. C’était du travail.

Il m’a montré comment faire marcher la fendeuse. J’aimerais qu’il me montre comment se servir de l’herminette.

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